Je suis morte. Morte de l'intérieur. Ou plutôt agonisante, comme un animal blessé hurlant de toutes les forces qui lui restent. Je suis comme écrasée impitoyablement par des vagues de douleur qui vont et viennent par marées, mais qui ne disparaissent jamais. Je voudrais ne plus jamais voir le soleil, comme s'il était devenu trop lumineux pour mon corps gelé, rigide et presque insensible. Les tremblements infimes de ma peau et ma respiration sifflante, difficile, sont les seuls indices prouvant que je suis encore en vie. Je voudrais m'en aller, me réfugier au creux d'une colline et creuser à main nue dans la terre meuble une petite alcôve circulaire dans laquelle je pourrais me rouler en boule et fermer les yeux pour ne plus en sortir. La fièvre gagne tout mon être, mes délires m'envahissent et des images cauchemardesques me hantent sans relache, comme pour ajouter à l'horreur des phrases qui tournent sans cesse en moi. Une masse d'insectes noirs grouille devant mes yeux, le sang, épais et chaud, coule sur mes poignets et de l'eau gelée s'insinue avec violence dans ma bouche, mon nez, et coule en gargouillant jusqu'à mes poumons. Je me hurle d'arrêter cette torture, de renvoyer ses images morbides loin de ma tête, mais je n'arrive rapidement plus à lutter contre moi même et contre mon esprit malade qui s'acharne à me terroriser. Je voudrais vomir, vomir toute cette violence, vomir toute cette peine, vomir cette boule empoisonnée qui s'est logée dans ma cage thoracique. Il ne reste de mon être qu'une masse informe et sanguinolente, comme un morceau de viande oublié qui pourrirait dans un coin sombre.
Je suis décomposée.
Je n'en veux à personne...